Les monuments remarqués par « La Costelle »

La maison seigneuriale Ribeaupierre

L'énorme maison Ribeaupierre couverte d'ardoises.Vue du nord-est, peu avant destruction.

Quelle est donc cette énorme construction qui domine tout le centre de Fraize de sa haute toiture d'ardoises ? C'est la maison Ribeaupierre, du nom des seigneurs alsaciens du ban de Fraize, qui furent sans doute à l'origine de sa construction.

Blason des Ribeaupierre,d'argent à trois écussons de gueule

Où est-elle, on ne la voit plus dans Fraize ? Elle se trouvait pourtant à l'angle des rues de l'Église et Victor Lalevée. Ah ! mes amis, figurez-vous qu'elle a été démolie en 1976, cette antique demeure, âgée de plus de trois cents ans, et presque unique trace du passé seigneurial.

Un brin d'histoire

Victor Lalevée, dans Histoire de Fraize, page 32 note que, si aucune date de fondation n'est mentionnée, nous pouvons avec certitude, faire remonter l'œuvre à une date antérieure à 1693, époque où la seigneurie cessa d'appartenir aux Ribeaupierre. En effet l'antique et monumentale cheminée qui trônait dans la cuisine portait leurs armoiries, et semble être du milieu du XVIIème siècle donc juste après la guerre de Trente ans. La maison a probablement été remaniée aux XVIIIème et début XXème siècles. Elle n'était pas très haute de plafonds, mais ceux-ci étaient à caissons et les murs était entièrement couverts de lambris qui dissimulaient ici et là des placards.

Vus depuis la rue du Maréchal de Lattre, la maison Ribeaupierre à gauche,et collé à droite, l'ancien Hospice.

Vendu à un particulier au moment de la cession de la seigneurie, l'ancien manoir des Ribeaupierre appartenait en 1791 à Dominique Deloisy. Restée durant plus d'un siècle propriété de sa famille, elle appartenait, vers 1900, à Mlle Denise Deloisy, riche héritière et bienfaitrice de Fraize qui y résidait.

Image : images/mairie/cheminee_et_porte_400.jpg inconnue !

Décédée en 1924, elle légua la maison à la Commune, qui la revendit, en 1932, pour la somme de 60.000 francs, au syndicat d'agriculteurs du Canton qui y installa une Coopérative Fromagère. Pendant près de vingt ans, on y affina des fromages Munster qu'on allait chercher, frais, dans les fermes avoisinantes, et qu'on revendait et expédiait ensuite dans toute la France. C'est monsieur Pfeiffer qui assurait le ramassage. Maria, celle qu'il devait plus tard épouser, y faisait secrétariat et comptabilité. On y vendait aussi des produits agricoles : grains et semences, engrais, pommes de terre... Suite à des difficultés financières, en 1951, malgré le souhait clairement exprimé par la municipalité de l'époque de racheter le bâtiment, les actionnaires à 54 voix contre 3, ont décidé de céder tous leurs actifs à la Coopérative Agricole de Saint-Dié, et par là même la maison qui avait eu, en vingt ans, le temps de prendre le nom qui lui resta de Fromagère. On cessa l'activité fromagère, mais y installa une annexe de la Coopérative Agricole, avec épicerie et quincaillerie agricole L'ancienne maison qui la jouxte (voir la photo ci-dessus), était l'Hospice fondé par Joseph Deloisy. Elle fut rasée au début des années 1930.

Vue aux environs de 1960
Vue sur l'impressionnante profondeur du bâtiment.

À cette occasion, une boutique avec vitrines dans l'angle fut créée, la façade Est recrépie, comme le montre la photo ci-contre. La gérante était Mme Maria Pfeiffer, appelée par tous "Maria de la Fromagère". En 1974, la Coopérative Agricole de Saint-Dié a mis en vente l'ancienne maison Deloisy. Le Conseil Municipal proposa de la racheter pour 50.000 francs, mais l'accord ne se fit pas. Les nouveaux acquéreurs de 1976 la firent démolir en 1980, malgré les protestations de nombreux habitants, dans le but de construire en lieu et place une supérette et son parking !

Le maire Roger Perrin n'a pu que négocier la récupération en guise de souvenir de l'antique cheminée, de dalles, de quelques poutres et d'une porte ancienne et ouvragée, comme toutes celles qui équipaient la maison. lesquelles ont été par la suite installées dans le hall de l'hôtel de ville où on peut les admirer. On note qu'à cette occasion, l'énorme taque de fonte qui protégeait le mur du fond de la cheminée a disparu ? et on l'a remplacée par la liste des Maire des la ville ! Quelques années plus tard (en 1984), toujours faute de perspective patrimoniale, le Grand Hôtel de la rue de la Gare (rue du Général Ingold) fut démoli et remplacé par une supérette et son parking !

Qu'était cette maison ?

Georges Flayeux, dans "Étude historique sur l'ancien ban de Fraize", page 35, note que la maison [...] fut assurément une sorte de manoir féodal. Certaines pièces de ce logis rappellent les grandes salles des antiques châteaux ; la toiture haute et élancée a la forme féodale ; et la cheminée de la cuisine est bien la large et grande cheminée du vieux castel. Elle est du plus pur style gothique ; deux niches ogivales forment les deux montants et on peut admirer sur le manteau, parfaitement sculptées et conservées, les armoiries des Ribeaupierre.

Et d'ajouter : Sans doute a-t-elle reçu plus d'une fois leur visite. Peut-être y ont-ils séjourné au moment des chasses qui les ramenaient chaque année de notre côté des Vosges, mais ce sont les officiers seigneuriaux qui y résidaient habituellement. Les archives d’Épinal ont conservé les noms de quelques-uns de ces officiers-receveurs, avec leurs comptes (en allemand). Ainsi au XVIIèmesiècle Nicolas Villemin, Grégorius Thiéry, Jean Fattet...

Compléments...

Image : images/ribeaupierre/statue_ribeaupierre_150.jpg inconnue !

La famille de Ribeaupierre, Rappolstein en alsacien, a vécu en Alsace à Ribeauvillé, où ils posssédaient les trois châteaux dont les ruines sont encore visitables (belle ballade à pieds), jusqu'à la disparition du comte Jean-Jacques de Ribeaupierre mort sans postérité masculine en 1673.

Le ban de Fraize possédait dans le passé d'autres maisons seigneuriales dont celle qui était et est encore appelée "La Cour", située à Clairegoutte, au carrefour de la rue Eugène Mathis et du chemin de Riheaupierre (sic). Elle hébergeait plus ou moins les mêmes activités que la maison Ribeaupierre, mais en référence à l'autre lignée de seigneurs lorrain centrés sur Taintrux : les de Parroye, Bayer de Boppart, Créhange, Cogney, Régnier, Clinchamp. Les Bazelaire de Lesseux sont aujourd'hui les héritiers de cette lignée. Nos historiens parlent aussi du château de Piérosel (à l'emplacement de la maison actuelle appelée Château Sauvage), et encore d'un autre au débouché du Chemin des Dames sur la route de Saint-Dié à Colmar. Chemin des Dames ? Des Dames du Château ? qui nous le dira ? Mais ils ne sont pas très diserts à propos de cette maison "La Cour" portant, au-dessus de la porte d'entrée du pignon est, le millésime de 1576, le plus ancien qu'on trouve à Fraize (Victor Lalevée, op. cit.).

Rappelons que le ban de Fraize, avait été partagé au XIème entre les ducs de Lorraine et le Chapitre de Saint-Dié. En 1221, le duc de Lorraine Mathieu II, fit don de sa part à Anselme de Ribeaupierre et Simon de Parroye ; ses successeurs rachetèrent les parts des Ribeaupierre à la disparition du dernier de ceux-ci 1693, comme on a vu plus haut). Et les gens de Fraize, qu'avaient-ils me demanderez-vous ? Et bien rien, ou presque rien, en tout cas certainement pas les bonnes terres ni les bons finages. Ils devaient donc payer des loyers aux propriétaires (via les officiers seigneuriaux), les dîmes aux Chanoines, et au curé du village, et les tailles au duc de Lorraine, sans parler des corvées, décidées par les uns ou les autres de ces propriétaire (charroi de pierres, construction ou réfections de ponts et chaussées...).


Sur cet extrait du plan cadastral de 1812, la maison Ribeaupierre occupe l'emplacement 516.Le
bâtiment bleu en angle est l'ancienne Halle, maintenant boulangerie/pâtisserieet
les rues sont celles de l'église à gauche, de la Costelle à droite et maréchal de Lattre verticalement..

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© La Costelle. Dernière mise à jour le 09/03/2018 à 12:53 
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